Le Plateau du Semnoz…


…Ou comment nous avons réappris à respirer.

Nous nous sommes levés très tôt un samedi du mois de mai 2016 pour une occasion assez spéciale : notre première visite dans les Alpes françaises. Jamais nous n’avions vu les Alpes, et le Mont Blanc n’était pour nous qu’une masse lointaine qui pointait vaguement le bout de son nez au bout de l’horizon, depuis le haut de la colline de Fourvière. Et pourtant, dès que nous avons laissé le périph de Lyon derrière nous, la chaîne s’est dressée de manière spectaculaire derrière les petites vitres de notre voiture. Si près et si loin… pas si loin ! Voici donc comment, au bout de vingt-deux et vingt-trois ans, nous avons découvert les montagnes.


Le col du Semnoz

Deux heures de route plus tard, on débarque à Leschaux, petit village de chalets, de Suisses et surtout de panoramas grandioses. On n’imagine pas le prix du loyer par ici…

On se met en quête du chemin de randonnée que l’on avait prévu de faire, mais au bout de cinq minutes, on se perd. Se perdre, c’est notre routine, on connaît. L’adresse était pourtant toute mimi : « Chemin dit du Chalet ». On aurait du se douter que c’était un peu maigre comme indication. Dans notre belle ère du numérique, on en vient souvent à penser qu’Internet a toujours raison et qu’on peut aisément se permettre d’oublier d’avoir de la jugeote, hum.

Comme il n’y a personne dehors à ce moment-là, on s’arrête à la mairie pour demander notre chemin. Nous sommes accueillis par une dame à l’accent suisse très prononcé. Elle nous explique qu’il faut grimper tout en haut du col de Semnoz pour trouver notre randonnée. Elle ajoute avec enthousiasme : « Mais vous pouvez commencer votre randonnée ici si vous voulez ! ». Environ 10km plus loin de grimpette en voiture, on remercie la terre, le ciel, et notre bon sens (ça arrive parfois) de ne pas avoir suivi son conseil. On comprend alors qu’ici, les gens ne sont pas tout à fait normaux. Ils sont venus d’ailleurs, d’une galaxie un peu trop lointaine pour nous : celles des randonneurs alpins et des cyclistes masochistes. On en croise des dizaines qui se sont réveillés le matin-même en se disant : « Et si je me grimpais un petit col aujourd’hui ? ». Une routine particulière qui nous est bien étrangère à nous, pauvres citadins en voiture qui ouvrons des yeux hébétés en voyant passer ces gens bizarres sur leur selle.

Il est presque 11h, on a chaud, on roule les fenêtres ouvertes. L’été arrive. Habitués à respirer la pollution de la ville, les pots d’échappement, les égouts, la pisse au détour d’un trottoir…, on redécouvre toutes sortes d’odeur, comme si respirer était une chose rare et précieuse que nous n’avions pas expérimenté depuis des mois. Nous avalons par pleines bouffées les bonnes odeurs de la montagne et de la campagne. La campagne qui nous rattrape bien vite, une fois coincés derrière un énorme engin, très lent, transportant de jolies vaches. Ces demoiselles ma foi très charmante, passent d’ordinaire la moitié de leur temps à manger. Du coup, l’autre moitié du temps… elles évacuent. Comment vous décrire de manière poétique et raffinée ces longues traînées marrons liquides et doucement parfumées qui jaillissent devant notre véhicule ? C’est beau la campagne.

Quelques minutes plus tard, nous arrivons enfin au plateau du Semnoz, station de ski que, en tant que non-skieurs, nous visitons l’été. Après l’avoir toujours aperçu de loin, en tout petit, voici que le Mont Blanc nous apparaît en pleine face. Il nous écrase de sa proximité. On se sent légèrement petits d’un coup…

On entame donc notre petite rando. Nous avions choisi un parcours tranquille à travers le plateau.

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Nous croisons de petits chalets qui vendent du fromage (et je désire secrètement ces petits tomes de chèvre qui répugnent tellement Aurélien), des pâturages où l’on croise de magnifiques biquettes et des vaches. Mais attention, de belles vaches, toutes propres et toutes pimpantes avec leur cloche qui tinte atour du cou. Une vraie pub Milka.

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A midi, on arrive en haut du Crêt de l’Aigle. Beau et gigantesque sont les deux premiers mots, très primaires, qui nous viennent à l’esprit pour décrire le paysage sous nos yeux. C’est une impression mêlée de stupeur et de sérénité qui nous traverse à cet instant. Tant d’immensité nous fait sentir à la fois tous petits mais puissants. Puissants, car on ne se sent jamais aussi vivants que face à un pareil paysage. On prend plein de photos, en bons touristes, et on s’arrête manger sur de grosses pierres qui font certes mal aux fesses, mais qui nous offrent l’opportunité de contempler un panorama à 360°.

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On redescend ensuite le Crêt, mais pas du bon côté, bien entendu. On perd 45min, mais on s’en fiche complètement. Rien ne peut altérer notre joie d’être ici, dans cette petite bulle de paradis, à 1600m d’altitude. On marche dans des restes éparses de neige, on découvre des plantes qu’on n’avait jamais vu avant, on se met de la crème solaire (alors qu’en vérité il est déjà trop tard pour sauver notre peau), on court parce qu’on ne peut pas faire ça à Lyon sans le faire sous les yeux de dizaines de passants, on appuie sur le bouton de l’appareil photo et on respire surtout.

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En début d’après-midi, on se redirige vers le restaurant « Le Courant d’Ere », où nous nous sommes garés. C’est là que nous faisons connaissance avec une sorte de lézard très sympathique et photogénique.

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Après un dernier regard à l’extraordinaire vue panoramique que nous offre le Plateau du Semnoz sur la chaîne de montagne, on se dirige de l’autre côté du col pour aller faire de la luge d’été.

Bien sûr, on loupe la direction. On perd 15min. Mais la route est belle et l’air… indescriptible de pureté. On finit par trouver la luge. A tester au moins une fois. C’est mieux si vous le faites avant d’être un peu grand.

En milieu d’après-midi, c’est direction un prochain article, où je vous raconterai notre visite de la ville très touristique d’Annecy.DSC_0327

 

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