Boutiques fantastiques, traboules secrètes et bouchons : promenade magique au Vieux Lyon…


…Ou comment se retrouver sur un Chemin de Traverse moldu.

Pavé poli et re-poli, architecture qui se donne des allures d’Italie, boutiques incongrues et passages camouflés… ça y est vous y êtes, vous avez pénétré l’enceinte du Vieux Lyon. Baissez les yeux, non, levez-les… ou plutôt non, démultipliez-les. Il ne faut ici rien manquer.


dsc_0340Remémorez-vous Harry la première fois que le Chemin de Traverse apparaît devant ses yeux ébahis. Et bien, le Vieux Lyon, c’est cette ambiance garantie. Un premier pas et hop ! à droite, la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste. A gauche, la place Saint-Jean, surplombée par la Basilique de Fourvière. Et devant vous, à l’étroitesse si pittoresque, la rue Saint-Jean.

Il se dégage une aura Moyenâgeuse par ici, une grande ancienneté que les pierres vous murmurent. Vous comprenez peu à peu – et non sans un plaisir grandissant – que vous entreprenez là un voyage dans le temps, une autre époque, une autre ambiance. Vous déambulez sur le Chemin de Traverse de Lyon. Et maintenant que la voie se déroule devant vous, vous aimeriez que ça n’en finisse jamais. Les enseignes se succèdent… et les odeurs aussi. Le fumet des spécialités lyonnaises se répand depuis les multiples restaurants qui jalonnent régulièrement la rue, ceux que l’on nomme les « bouchons lyonnais » ; les parfums savoureux qui se dégage des stands de crêpes ou de marrons grillés s’infiltre amoureusement dans vos narines et ne manquent pas de vous faire faillir ; sans compter les devantures des boutiques qui vous hurlent de venir voir ce qu’elles renferment. L’été, vous succombez fatalement, inévitablement et sans résistance aucune, à l’un des innombrables glaciers de la rue Saint-Jean. Certains vont jusqu’à vous proposez de la glace au goût de potiron. A vous de voir, à vous de risquer vos papilles.

Il est vrai que les boutiques ne proposent ni hiboux, ni baguette magique, ni chaudron. Mais des librairies minuscules, que l’on remarque à peine, coincées entre deux restaurants typiquement lyonnais, vous proposent des grimoires aussi vieux et rabougris que précieux et rares. D’autres, un peu plus grandes, ont des airs de Fleury et Bott. Toujours dans cette rue enchanteresse, vous ne passez certainement pas à côté du Musée des décors de cinéma sans au moins vous approcher des vitrines où le costume de Hellboy côtoie celui de C3PO. Un aperçu d’une pièce miniature, élaborée par Dan Ohlmann, le fondateur du musée, vous convainc définitivement de sacrifier un peu de votre temps pour finalement tout visiter.

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Enfin, si vous traversez cette rue, vous ne remarquerez peut-être pas – trop absorbé que vous-êtes par toutes ces odeurs et ce tumulte bouillonnant – les petits passages secrets qui se cachent derrière des portes d’apparence fermées. Ces portes, vous pouvez les pousser, et franchir leur seuil. N’ayez crainte, nulle créature magique ou quelconque mauvais maléfice ne vous attend de l’autre côté. Il fait un peu sombre mais le calme, après les bruits de la foule, vous envahit soudain agréablement. Vous êtes dans l’une des 500 traboules de la ville (dont environ 200 se trouvent dans le Vieux Lyon). Ces traboules sont de petits passages aux plafonds bas (dans ce genre de situation mieux vaut être nain que géant) qui débouchent bien souvent vers quelque merveille architecturale, ou boutique médiévale. Parfois, il s’agit tout simplement de raccourcis, qui vous donnent accès à une rue parallèle. Expérience pratique et tout à fait sympathique ! Attention toutefois : ces traboules traversent souvent des habitations. Il faut donc se faire souris et passer en catimini. La magie dure un court instant, le temps d’un passage, mais triomphe toujours. Les adeptes d’Histoire et d’histoires se retrouvent ici enfants émerveillés et ne veulent plus quitter ce conte de fée. Parfait, car le Vieux Lyon ne se limite pas à la rue Saint-Jean, bien trop courte à notre goût…

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Si vous cherchez bien aux alentours, vous dénicherez peut-être le petit mais pas moins charmant musée des Automates dans le quartier Saint-Georges, ou le plus grand et somptueux Musée Gadagne, qui vous retrace intimement le riche passé de Lugdunum, avec une partie entièrement dédiée aux marionnettes, dont la vedette n’est nul autre que ce vieux Guignol dont vous avez forcément entendu parler…

Si vous êtes à l’Hôtel Gadagne, vous vous trouvez maintenant à la limite de Saint-Paul, ce petit quartier un peu en retrait, au bout du Vieux Lyon, mais qui vaut bien le détour, de jour comme de nuit. Sous-entendu : il y a des bars et des cafés-théâtres. Et justement, vous ne pouvez manquer aussi les cafés-théâtres, un autre trait culturel local que la ville vous revendique fièrement et qui vaut son pesant de temps. Et puis, cherchez, cherchez ces quelques 200 passages secrets des canuts Lyonnais qui se trouvent ici, bien cachés, mais pourtant juste sous vos yeux.

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Le Vieux Chemin ne se clôture pas ici par quelque immense banque de marbre blanc, mais se déploie aux alentours en d’innombrables artères. C’est un quartier à fouiller, à apprivoiser. Pour bien connaître ses secrets, et se pâmer d’y déambuler plus vite que le commun des mortels, grâce à ses passages dérobés, il faut encore et encore y retourner. Mais jamais, non jamais, les découvertes au Vieux Lyon vous ne terminerez.

L’instant historique

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C’est à la fin du Ier siècle que ce qu’on appelle aujourd’hui le Vieux Lyon a pris forme. Lyon est d’abord née sur les hauteurs de la colline de Fourvière, afin d’éviter les nombreuses crues du Rhône et de la Saône. La « ville basse », n’était donc pas habitée. Mais l’approvisionnement en eau sur Fourvière s’est révélé de plus en plus compliqué, et c’est ainsi que le temps fut venu, pour nos chers gallo-romains, de s’aventurer plus bas.

Saint-Georges, Saint-Paul et Saint-Jean naquirent donc tranquillement pour former cette première véritable Lyon. Comme les noms de ces trois quartiers le laissent suggérer, l’endroit connaît, dès ses débuts, une forte empreinte religieuse. D’où les très nombreux édifices, statues de vierge et autres menus détails dédiés au culte – de la vierge Marie principalement.

Toutefois, ces trois quartiers se distinguent nettement les uns des autres : Saint-Georges est porté sur l’industrie et c’est là que s’installe l’artisanat de la soie. Saint-Jean, c’est la dominance ecclésiastique mais aussi commerçante : c’est ici que se déroulent les foires et où siègent les banques. Enfin, le quartier Saint-Paul, plus tourné quant à lui vers l’extérieur, représentait l’une des portes d’entrée de Lyon au Moyen-Âge.

Ces différentes particularités n’empêchent pas la formation d’un ensemble architectural, à la fois riche et complexe. Du coup, pour tenter de faire court avec ce Vieux Lyon qui serait extraordinairement long à conter, nous pourrions résumer ainsi : de l’Antiquité jusqu’à nos jours, cette partie de la ville n’a cessé de se construire, se sur-construire avec un peu de tout, un peu de chaque époque, un peu de chaque style. Ce qui fait, pourrons-nous dire, sa richesse.

Jusqu’au XVIIe, les trois quartiers forment le centre politique et économique de la ville. Depuis la Renaissance, l’endroit attire de nombreux marchands, imprimeurs ou banquiers. Mais le Vieux Lyon a quand même un défaut de taille (si je puis dire) : il devient beaucoup trop petit pour sa population toujours grandissante. Résultat : les lieux sont vite surpeuplés et l’hygiène, ainsi que la sécurité commencent à décliner… On construit tellement que les rues rétrécissent, rétrécissent… jusqu’à former des couloirs, une bizarrerie qu’on appelle aujourd’hui « traboule ». Malheureusement, ces petits passages n’ont pas encore le charme et la renommée qu’on leur porte aujourd’hui. Ils ne peuvent rien pour empêcher les grands centres de décisions de se déplacer sur la Presqu’île.

Peu à peu, le Vieux Lyon est délaissé, jusqu’au XXe siècle où il est complètement abandonné. On laisse ainsi s’écrouler cette mine historique pendant quelques décennies, et on se décide à la détruire complètement dans les années 70. C’est alors, au moment où tout devait se terminer pour le Vieux Lyon et ses vingt siècles de rebondissements, qu’André Malraux, Ministre de la Culture, fait basculer son destin à tout jamais (musique triomphale). Il décide la rénovation et la préservation des trois quartiers. En 1998, le Vieux Lyon entre dans le périmètre inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Dès lors, le quartier vit surtout du secteur tertiaire… et est paradoxalement et ironiquement, toujours surpeuplé.

La superposition de plusieurs époques et architectures fait du Vieux Lyon un endroit tout à fait unique. Jamais on n’a détruit ; ce qui devait être construit se faisait à partir de l’existant. Pour certains bâtiments, on peut donc s’imaginer que plusieurs siècles séparent le premier du dernier étage. Cela donne un quartier insolite, hétéroclite. Grands édifices du Moyen-Âge (Manécanterie, primatiale Saint-Jean, Eglise Saint-Paul), style gothique du XIIe siècle, style Renaissance de la fin du XVe (tout droit venu des marchands de Florence), classicisme du XVIIe sur le modèle de l’Antiquité grecque : colonnes, pilastres, frontons…, constructions plus modestes du siècle ouvrier qu’est le XIXe, influences du Sud avec ses galeries et ses tours-escaliers…
Bref, une complexité sans fin qui nous offre le droit de ne pas nous éterniser inutilement sur l’historique de ce lieux et de nous laisser aller un peu à l’imagination.

L’instant « Je vous raconte ma vie »

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Nous sommes allés tellement de fois au Vieux Lyon, mon cher et tendre et moi, que je ne sais par où commencer. Et comme je ne suis pas toujours très organisée, je vous propose un bric-à-brac d’avis divers et variés…

–>Nous affectionnons tout particulièrement le musée des décors du Cinéma et des miniatures que nous avons visité environ 5 ou 6 fois (à chaque fois qu’un nouvel invité compte sur nous pour découvrir la ville, c’est un prétexte de plus pour y retourner). Les passionnés de cinéma et de décors ont toujours de quoi être ravis !

–>Nous ne résistons jamais à déguster un nouveau parfum de glace (quitte à se rendre exclusivement pour ça au Vieux Lyon l’été, bravant courageusement la file d’attente qui obstrue entièrement la rue à plusieurs endroits). Notre glacier préféré est sans nul doute Terre Adélice qui propose le fameux parfum potiron (que nous n’avons pas encore eu l’audace de tester) et chez qui nous retournons presque systématiquement.

–>Les librairies sont fabuleuses. Il ne faut surtout pas avoir peur d’y entrer, malgré l’aspect peu engageant de certaines d’entre elles.

–>Quelques boutiques sont à ne pas manquer. Pour les curieux et férus de l’époque médiéval, nous vous conseillons d’aller faire un tour chez Mandragore, bien cachée au fond d’une traboule. L’entrée est toutefois indiquée par un écriteau et se situe juste après le magasin qui vend du miel.
Pour les passionnés de cinéma, nous vous conseillons d’aller faire un tour chez Loulou qui proposent des tirages et reproductions d’affiches de films. Vous y trouverez notamment tous les grands classiques et films cultes.
Enfin, du côté de Saint-Georges, allez faire un tour aux Ateliers de Marinette, qui vendent tout un bric-à-brac vintage qu’ils rénovent eux-mêmes. Ils sont également spécialistes de Polaroid et argentiques. Extra !

–>La cathédrale Saint-Jean est à ne surtout pas manquer. De toute façon elle est plutôt visible, et puis une fois devant, vous vous retrouverez soudainement à l’intérieur, sans avoir eu le temps de chercher à comprendre. Donc aucun risque de faute touristique.

–>Le musée des Automates est à faire, surtout pour les enfants.

Et puis sinon, je m’interroge encore aujourd’hui sur l’utilité de certaines boutiques qui jalonnent la rue Saint-Jean, et dont je n’ai jamais franchi le seuil…
Comme nous ne sommes pas très restaurants Aurélien et moi, nous n’avons guère essayé les bouchons (honte à nous).
Et si je devais ajouter une petite note négative supplémentaire, je me dois de mentionner la plus grosse bévue de Lyon, que l’on retrouve très souvent et un peu partout dans le centre-ville : la foule. Ici, elle est d’autant plus compacte que la rue Saint-jean est étroite. L’été, c’est constant. Si vous n’avez pas le choix et que vous n’avez aucun autre moment pour visiter le Vieux Lyon, il faut donc être (très) patient et cheminer calmement. Je vous conseillons toutefois d’y aller en période scolaire, un matin et en pleine semaine (rien de compliqué enfin !). Au moins, vous êtes sûrs d’être tranquilles et d’avoir la rue pour presque vous tout seul…

Indéniablement, le Vieux Lyon est malgré tout un endroit magique. Nombre des enseignes établies ici ne se retrouvent nulle part ailleurs, et il y en aura toujours une qui vous enchantera et vous fera déclamer d’un ton empressé un « oh ! Il faut absolument que j’aille voir ! ». C’est un quartier chargé d’histoire, assurément, et même si vous n’en êtes pas féru, vous le verrez et le ressentirez avec force. Tout, mis à part ce malheureux supermarché perdu au milieu des Bouchons lyonnais, revendique sa part de passé, son anecdote, son détail discret. Ce sont tous ces éléments rassemblés qui forment l’ambiance un brin irréelle et décalée du Vieux Lyon. C’est un peu un autre monde, pourtant juste là, non loin des grandes tours modernes et de la circulation. Un peu comme un Chemin de Traverse derrière un mur de brique, si vous voyez ce que je veux dire…

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L’instant pratique

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Une station Vélo’v se trouve juste à l’entrée du Vieux Lyon, à proximité immédiate de la bouche de métro. Je vous déconseille fortement de vous aventurer dans la rue Saint-Jean à vélo ; vous irez certainement plus vite à pieds…

La station « Vieux Lyon » se trouve sur la ligne du Métro D. C’est aussi là que se prend le funiculaire pour Fourvière ou pour Saint-Just.

Vous pouvez aussi prendre les bus 27, 31 et C20.

A pieds, c’est plus sympa ! Passez par Bellecour et tout droit en direction de la Basilique de Fourvière ! Vous traversez le pont Bonaparte et passez devant la magnifique bibliothèque Saint-Jean, située dans l’établissement du Palais épiscopal. Vous y êtes !

En voiture, vous aurez cinq parkings possibles : 1) parc Saint-Jean, près de la cathédrale, 2) Saint-Georges, en plein cœur du quartier… Saint-Georges, 3) SaintAntoine, sur le quai mais sur la Presqu’île, 4) les Célestins, sur le quai des Célestins, aussi sur la Presqu’île.

Pour aller plus loin…

Il existe d’innombrables livres qui traitent du Vieux Lyon. Que ce soit guides ou livres d’histoire, aucun n’est complet, aucun ne peut l’être. Pour ma part, je peux vous en conseiller trois.

Le Guide pratique du Vieux Lyon, par Anne-Marie Niveau, est pas mal fichu. Il résume bien l’essentiel de ce qu’il faut voir dans les trois quartiers : Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul. Il propose même au début un petit récapitulatif des deux principaux styles architecturaux qui cohabitent au Vieux Lyon (Gothique et Renaissance) et comment les repérer. Le livre est à la fois traduit en français et en anglais.

Dans le guide d’André Pelletier Lyon Fourvière, Vieux Lyon, découvrir la ville autrement, vous trouverez à la fois un guide, mais aussi un bon résumé historique pour chacun des trois quartiers du Vieux Lyon. Le livre est bien illustré, aussi bien par des photographies que par des peintures et des cartes anciennes. On trouve d’ailleurs au milieu une carte actuelle de Fourvière et du Vieux Lyon, claire mais toutefois peu détaillée. Ce guide est également en français et en anglais.

Enfin, si vous êtes féru d’architecture, vous pouvez vous attaquer au livre de Pierre Faure-Brac et Hervé Sanejouand : Le Vieux-Lyon, Histoire et Architecture, aux Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire. Même s’il est très détaillé et pas mal technique, le récit est passionné et on sent qu’il est parfaitement documenté. Il est intéressant de s’en approcher ! De plus, vous saurez tout sur les petits détails d’architecture dont foisonne le Vieux Lyon et que personne ne voit.

 

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