Comment se préparer psychologiquement pour un voyage de trois mois aux Etats-Unis…


…ou plutôt : comment je me suis retrouvée à l’aéroport Charles De Gaulle le dimanche 31 mars 2019.

 


 

Année 1

Tu lis un article, cet article. Et tu tombes amoureuse des Etats-Unis d’un coup. Tu rêves, tu te dis que toi aussi tu aimerais bien faire ça : partir trois mois en road trip faire le tour des USA, avec ta décapotable, ton appareil photo, tu te vois déjà marcher dans un décor de cactus avec ton chapeau de cowboy sur la tête et ton…

Attend une minute… Mais oui, c’est ça !

Ok, tu décides de le faire. Maintenant que tu t’es mis cette idée en tête, tu te retrouves comme une c**** dans ton appart de 18 m², sans un rond en poche et tu réalises qu’il va falloir te bouger un peu le popotin. Du coup, tu te mets à calculer le budget nécessaire qu’il te faudra économiser pour réaliser le voyage de tes rêves. C’est avec le cœur qui bat à 100 à l’heure que tu regardes tout ce dont tu aurais besoin pour ce voyage : une voiture, des billets d’avion, des endroits où loger, les activités que tu pourrais faire sur place… C’est un peu comme si tu préparais déjà ton voyage. L’excitation est à son comble, jusqu’au moment où tu cliques fatalement sur le petit « égal » de ta calculatrice virtuelle et que tu vois s’afficher le chiffre 10 000 (ou neuf mille et quelques, on va pas faire dans le détail hein).

Cette fois, ton cœur a cessé de battre d’un coup. Tu réalises que ça va être long, très long.

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Année 2

Tu as réussi à suffisamment baratiner et embobiner ton copain pour le convaincre que les Etats-Unis c’est merveilleux. Tu lui bourres tellement le crâne avec tes canyons orangés, tes routes sensationnelles au milieu du désert et tes clichés de faune sauvage, que tu réussis même à faire passer la pilule des trois mois : « si si je t’assure, si on part moins de temps ce sera nul. Pourquoi ? Parce que ce sera nul. On n’aura même pas le temps de voir des ours ! ». Argument ultime. C’est dans la poche.

Maintenant que tu as trouvé de la compagnie, tu comprends aussi que ton budget va doubler. Mais bon ça va, on est aussi deux pour économiser, ça compense !

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Année 3

Ça y est, tu as ton premier job (oui parce que jusqu’à présent, les études ça ne payait pas beaucoup hein), tu commences d’économiser et ton copain a déjà mis pas mal de côté. Tu es bien partie ! Jusqu’à ce que ta voiture rende l’âme subitement et que tu sois obligée d’en acheter une nouvelle.

Ok, on ne lâche rien surtout.  On garde les épaules droites, la tête haute. On va repousser le road trip d’une année. Une année ce n’est pas grand-chose après tout !

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Année 4

Une année c’est long. Trop long. Les économies semblent infinies et tu n’as que ton ordi, ta télé et tes bouquins pour t’évader. Mais bon tu as économisé plus de la moitié. Le rêve te tend les bras, il est absolument hors de question, inimaginable ne serait-ce qu’une seconde, de penser à abandonner. Pour te donner du baume au cœur, tu commences à dire autour de toi que tu comptes partir trois mois aux Etats-Unis. Tu te rends compte que ce n’était pas forcément une bonne idée : « ah bon mais comment vous allez faire ? Vous n’allez pas vous ennuyer pendant trois mois ? Pourquoi vous avez ce projet ? Vous allez faire quoi ? ». Tu tiens bon, et tu t’accroches à ceux qui trouvent ça cool. Tu les invites même à venir avec toi pour faire un petit bout de road trip.

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Année 5

Tu arrives ENFIN au bout de tes économies. Maintenant que les 20 000 euros sont dans ta poche, il ne reste plus qu’à tout planifier. Une broutille.

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7 mois avant le départ

Tu réserves tes billets d’avion. Tu sues à grosses gouttes devant ton écran d’ordinateur au moment de cliquer sur « payer ». Tu te dis que tu fais une grosse connerie. Mais tu as consacré déjà plus de 4 ans de ta vie pour en arriver à ce moment précis. Donc tu cliques. Et là, tu commences à réaliser que c’est pour de vrai et que ton taré de cerveau a vraiment pris cette décision. Tu ne peux plus faire marche arrière.

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5 mois avant le départ

Tu réserves ta voiture. Ben oui, un road trip ça ne se fait pas à pieds. Là tu pâlis : tu dépenses déjà près d’un quart de ton budget en un clic. Trois mois de location de voiture aux Etats-Unis = 4 mois de travail au SMIC (sachant que tu n’économises pas 1200 euros par mois mais tout au plus 500, donc je te laisse calculer le reste). Tu réserves également ton logement d’arrivée.

Ça devient de plus en plus concret !

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4 mois avant le départ

Ta belle-mère et ta belle-sœur t’annoncent qu’elles seront de la partie pour 15 jours. Tu étais persuadée que tout le monde te dirait non mais finalement tu as trouvé d’autres personnes aussi timbrées que toi et ton copain pour partir, ce qui relève presque du miracle et de l’enchantement.

Bon du coup, tu les aides à préparer leur voyage. Tu repars pour une longue prospection de billets d’avions.

En parallèle, tu commences à acheter quelques trucs importants : une grosse valise, un sac à dos, des chaussures de rando, dix-quinze bouquins sur les Etats-Unis, 35 boîtes de médocs, deux cartes routières (on ne sait jamais si on en perd une), une chouette en peluche nommée Dudu… Bon, en gros, tout le nécessaire. Tu fais dix mille listes et tu lis un milliard d’articles pour être sûr de tout faire dans les règles et de ne rien oublier.

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3 mois avant le départ

Tu quittes ton job dont le contrat se termine et tu te consacres à la préparation du voyage.

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2 mois avant le départ

Tu résilies ton bail et tu commences à flipper un peu : on va vraiment déménager pour partir trois mois à l’étranger là ? Tu commences à faire tes cartons et à revoir une dernière fois tous tes amis du coin. Tu te sens bizarre.

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Deux semaines avant le départ

Tu déménages et tu rentres dans ta contrée natale, la Nièvre. Tu déposes tous tes meubles chez la grand-mère du copain qui accepte généreusement de t’accueillir chez elle avant de partir et au retour du voyage. Tu revois tous tes proches, la boule au ventre. Malgré tout, tu es super excitée et tu commences à être fière : tu réalises en voyant le camion de déménagement devant toi qu’un nouveau chapitre de ta vie va commencer, et que c’est bien toi qui l’as initié.

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Trois jours avant le départ :

tu fais ta valise.

Deux jours avant le départ :

tu flippes.

Un jour avant le départ :

tu flippes grave.

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Jour du départ

Tu ne dors pas et toutes les peurs irrationnelles que tu avais enfouis jusqu’à maintenant derrière ton sentiment d’excitation ultime, refont surface. « Et si on se faisait bouffer par un grizzli ? Et si on se retrouvait nez à nez avec un serpent venimeux ? Une araignée venimeuse ? Une araignée tout court ? Et si on avait un accident ? Et si on se crashait en avion ? Et si on se faisait enlever par un extraterrestre ? Et si on se faisait attaquer par des zombies en Géorgie ? Et si… » Bref, tu as « les cou**les qui tremblent » comme dirait ma belle-sœur, et tu ne fermes pas l’œil de la nuit.

Le lendemain matin, tu ne sens plus ton corps. Tu as l’impression qu’il flotte et tu le regardes passivement s’habiller, se préparer, tirer ta valise, la mettre dans le coffre et te laisser conduire jusqu’à l’aéroport. Tu regardes ton copain qui semble être sur le point de gerber et tu ne trouves donc aucun réconfort. Tu essaies de garder ton sang-froid, tu fais mine de rien. Tout va bien se passer.

Tu ne sais pas trop comment, mais ces cinq années t’ont bel et bien menée ce dimanche 31 mars 2019 à l’aéroport Charles De Gaulle. Tu regardes ta belle-mère et ta belle-sœur s’éloigner derrière les bornes de sécurité et tu as l’impression qu’on t’abandonne. Un peu comme la première fois que ta mère te laisse à l’école. Tu flippes grave mais tu essayes de rester zen. Ok, là si je comprends bien, il va falloir qu’on se débrouille c’est ça ? Mamaaaaaaan !!!

C’est bien beau d’avoir organisé tout ça mais maintenant, il va falloir le vivre.

On se regarde, on sourit, on sort les billets, on tire nos valises, et on avance fièrement et avec détermination vers notre destin :

3h d’attente interminable avant l’embarcation (oui bon, on flippait un peu de louper notre avion. Et on n’a quand même pas fait tout ça pour louper notre avion OK ?).

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